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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 21:57

Arc-en-ciel.JPG  

Nous sommes le 18 août 2008, un jour comme les autres et pourtant…

 

J’ai  fermé l’enveloppe, il ne me reste plus qu’à la porter à son destinataire. Mais dehors, comme pour fêter l’événement, la nature se déchaîne. Oubliant que nous sommes en pleine été,  le ciel efface son bleu azur, le soleil s’éteint puis subitement bourrasques et averses entrent en scène. La végétation comme soumise, se couche au sol, les arbres s’agitent et abandonnent à Eole un flot de feuilles comme des larmes qu’ils ne pourraient retenir.

Je me sens bien humble face à cette démonstration de force. Je ressens une forte angoisse, en même temps, je suis saisi par la beauté du spectacle. J’ai envie que cela  s’arrête immédiatement pour retrouver la chaleur et la quiétude du roi soleil pourtant je savoure cette algarade et au fond de moi-même, espère qu’elle va durée encore un peu.

 

La pluie a cessé, le vent s’est essoufflé. En bouquet final, un superbe arc en ciel annonce la fin de la pénombre. Je me précipite sur mon appareil photo pour immortaliser l’instant. Dans le pré, les chevaux paissent comme si de rien n’était. En arrière plan, l’arc en ciel me fais penser à une bougie sur un gâteau d’anniversaire. Une idée absurde me traverse alors l’esprit : et si les éléments me fêtaient à leur manière l’an zéro de ma nouvelle vie ?

 

Le calme revenu, il me faut désormais porter ma missive. Je me sens bien, dégagé de tous soucis, ma décision est prise, pas question de revenir en arrière, de toute façon, dans quelques instants, ils sera trop tard.

 

Comme le policier prend son arme, j’empoigne mon téléphone portable puis pour officialiser ma sortie en mission, je dépose un tendre baiser sur les lèvres de mon épouse.

Ma lettre format A4 dans la main gauche, je sors.

 

Mon attention est immédiatement attirée par la lanterne de la maison voisine. Chahutée par le vent, elle balance encore mais surtout, elle est allumée. Pourtant les volets sont fermés et les propriétaires sont repartis à Angers. Je n’ai ni leurs coordonnées ni les clés, je ne peux donc pas faire grand chose, tant pis pour ce gaspillage d’énergie.

Devant les sapins de la maison suivante, je m’arrête un instant pour guetter sans trop de conviction la famille d’écureuils qui vit ici. Il m’est arrivé de les voir furtivement traverser le chemin mais jamais je n’ai pu les apercevoir dans les arbres. Ce sera pas encore pour cette fois.

 

Me voici à la hauteur d’un petit muret de pierres que les branches d’un poirier franchissent sans peine. L’une d’entre elles expose fièrement un fruit tout ruisselant comme une jolie femme sortant de la douche. A portée de mains de chacun, comment se fait-il que personne n’ai encore cédé à la tentation? Sans doute est-elle encore trop jeune, pas assez mûre.

 

A propos de mûres, quelques enjambées plus loin, une ronce chevauche une haie pour me proposer deux belles billes noires parfaitement à point. Je ne peux résister et les déguste en fermant les yeux. Cela me rappelle mon enfance, lorsqu’en vacances en campagne, j’accompagnai ma tante et mes cousines à la cueillette des mûres. Nous avions chacun un petit seau de plage. J’avais pour habitude de respecter une règle très stricte : "une pour moi, une pour le seau" et en cas de doute, je reprenais à "une pour moi…" .

 

Une question me sort de mes pensées. Je suis arrivé au rond du chemin de la Tonnelle. Je tiens toujours ma lettre dans ma main gauche et je n’ai pas oublié ma mission. Mais par quel chemin dois-je aller ? Après réflexion, je tourne à droite. Je connais bien cette rue pour la prendre souvent en voiture sans toutefois en connaître son nom. J’ai bien l’intention de pallier à cette lacune lorsque mon regard est attiré par deux boîtes à pizzas lamentablement échouées dans le talus. Je suis révolté par les agissements de ces sans-gênes, en même temps, ils me font presque pitié, ils ne savent pas ce qu’ils font et passent inconsciemment à côté du plaisir de se délecter des charmes de la nature..

 

Heureusement, je mets rapidement un terme à mes pensées pour m’intéresser à un parterre fleuri. Son auteur a symbolisé un bord de plage en y ajoutant sable et galets. Je trouve l’idée  assez bonne et la classe dans un petit coin de mon illustre cerveau.

 

Je passe devant une maison qui aborde fièrement un panneau "vendu" un peu comme un athlète aborderait sa médaille d’or. Je m’étonne qu’il n’y ait pas de "e" à "vendu", j’en déduis que dans l’esprit du professionnel, il s’agit d’un bien immobilier et non d’une maison.

 

J’arrive enfin au bout de la rue qui se révèle être la rue "du Paradis". Mes "sans-gênes" le savaient-ils, j’en doute.

 

Nouveau dilemme :  je prends à droite ou à gauche ? Nouvelle réflexion et nouvelle décision : cette fois, je prends à gauche pour remonter la rue  Jean baptiste LEGEAY puis à droite la rue du bel AIR . C’est la première fois que le porte attention au nom des rues mais j’ai décidé de faire un effort dans ce domaine.

 

J’ai l’habitude de passer en voiture et pourtant, je n’avais pas encore remarqué ces petites maisons en contrebas. La route passe à hauteur du premier étage, une situation qui ne doit pas être facile à vivre. Je mesure à cet instant le privilège dont je bénéficie en habitant en cul de sac avec  pour plus proches voisins quatre splendides et adorables chevaux .

 

J’arrive au rond-point de la place Jean Rousseau et prends la direction de la rue des Saulniers.

Je m’interroge sur l’orthographe du mot. Nous sommes dans le pays du sel et il s’agit pour moi des Sauniers, les marchands de sel d’autrefois. Je laisse échapper un petit sourire face à cette petite erreur que personne jusqu’à présent ne semble avoir relevé. Il va falloir que j’approfondisse la chose.

 

Mais pour l’instant, ce  n’est pas là ma préoccupation première. Me voici devant le numéro 11 de la rue des Saulniers, terme de mon escapade. Ancienne maison d’habitation, elle est devenue une des annexes de la mairie et abrite l’ensemble des services sociaux de la ville.

 

Je soulève l’abattant de la boîte aux lettres et introduit délicatement ma missive. Un petit geste tout simple qui va pourtant modifier le restant de mes jours: après plus de quarante ans d’une activité professionnelle très prenante, je viens de déposer ma demande de mise à la retraite.

 

 

 

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Published by les-secrets-de-papou.over-blog.com - dans Tranches de vie
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commentaires

Chris 01/11/2010 10:27


Bravo pour ce blog bien sympathique grâce auquel nous avons pu partager ce moment si important à tes yeux. C'est vrai qu'une conversation ne transmet pas tout ce ressenti qui ressort si bien à
l'écrit.
Je repense à ce panneau marqué « vendu » que tu as rencontré sur le chemin de ta mission. Pour ma part, il m'est arrivé plusieurs fois de voir marqué « à acheter » sur des
maisons ou beaucoup aurait écrit « à vendre ». Ces deux mots ont beau s'opposer, être le contraire l'un de l'autre, le sens lui, reste le même.
En ce qui concerne les saulniers – sauniers, les deux écritures existent. Voici une petite doc sur la question: http://fr.wikipedia.org/wiki/Saunier

Gros bisous à tout le monde, j'ai des tas de choses à apprendre sur le Mont-St-Michel

Christophe


les-secrets-de-papou.over-blog.com 01/11/2010 14:11



Merci pour ton commentaire qui me touche beaucoup.


En ce qui concerne le mot Saulnier, il n'est plus dans les dictionnaires depuis belle lurette puisqu'il ne figure déjà plus dans mon «  vocabulaire nouveau de 1834 ».


Pour ce qui est du Mont Saint-Michel, j’y suis très attaché car c’est toute mon enfance.


Panneau « A vendre ». Avec ce panneau, on a l ‘impression qu’on cherche un vendeur alors qu’en réalité, on cherche un acheteur donc le panneau «  à 
acheter » me paraît plus approprié.


Je suis heureux de voir que tu as l’air de t’intéresser à mon blog.


Tant qu’il est ouvert à tous, je suis limité dans ce que je peux mettre notamment notre arbre généalogique et des photos. Peut-être qu’un jour je vous le réserverai en y mettant un mot de passe
ou j’en ouvrirai un autre spécifique.


Gros bisous



Malou 19/10/2010 11:20


L'émotion me gagne car je me rappelle ce vague sentiment d'angoisse mêlé d'une joie profonde, libératoire à l'annonce de ta décision. Une sorte de vertige comparable peut-être au saut du
parachutiste débutant qui prend les précautions nécessaires pour assurer son saut et en même temps s'émeut des risques de l'aventure. Un paroxysme de sentiments entrelacés qui me jette sans
ménagement dans l'univers de mes 50 ans, lorsque je prenais la même décision que toi.
Avec le recul de ces presque 2 ans, je sais aujourd'hui que ta décision fut la bonne et voudrais te remercier aujourd'hui pour ces deux années de cheminement et d'enchantement. Tendresses. T'p'b'